Bienvenue dans cette édition #9 d’(Ir)réprochables.
Nous sommes désormais 256. Merci du fond du cœur de me lire 🤍.
15 jours que je suis de retour au travail.
15 jours que je suis bloquée dans un univers où on me propose, au choix, mais le plus souvent tout en même temps de “devenir la meilleure version de moi-même”, de “tout déchirer cette année”, de me “mettre enfin au sport”, de “ne plus repousser cette envie qui me taraude depuis des mois voire des années”… bref, des conseils pour une rentrée qu’on pourrait qualifier d’ambitieuse.
Pour ma part, cette histoire de rentrée me terrifie : non seulement j’ai envie de poursuivre les vacances, mais en plus je n’ai pas envie d’y faire grand-chose à part lire.
Et puis j’ai assez envie qu’on me laisse tranquille.
Il semblerait que je ne sois pas tout à fait la seule dans ce cas.
Au sommaire de cette édition
Rater ses vacances mais les aimer quand même : tout un programme
Réussir sa rentrée est tout ce qu’on nous propose
La volonté, cette fille de joie
La seule proposition qui vaille
et tout ce dont il faudra que je vous reparle…
Si vous ne l’avez déjà fait, vous pouvez
me suivre sur Linkedin
faire un tour sur mon toujours nouveau site internet
booker un moment pour discuter d’un accompagnement (coaching ou bilan de compétences)
#Alors, ces vacances ? …Bof.
Il a fait beau ? Non
Tu as réussi à couper ? Pas vraiment
Les paysages, tout ça, tu as bien profité ? Pas franchement
Alors au moins, tu t’es bien reposée ? Non, définitivement, non.
Gros blanc du côté de mon interlocutrice.
Et sentiment d’échec poisseux du mien.
Parce que oui, je dois le reconnaître, ce n’était pas les vacances de ma vie.
L’Irlande, c’est très joli - vraiment magnifique - mais… il y a autant de mais que de doigts de mes deux mains (en gros : les logements sont chers et laids, il fait vraiment frais, manger revient à manger des pommes de terre et, last but not least, ma fille n’était pas avec nous.)
Et puis, parce qu’évidemment qu’il faut les réussir ses vacances.
La première injonction est là, et pas des moindres : quand on donne tout, toute l’année, la moindre des choses, c’est de réussir ses vacances d’été !
Ce qui implique, cette année, si j’en crois tout ce que j’ai lu et vu ça et là, en plus de revenir bronzée, reposée, détendue :
d’avoir vécu un moment hors du commun le 12 août (l’éclipse à ne pas rater)
d’avoir pris au moins 3 photos de couchers de soleil sur la mer
5 de ses pieds croisés sur un transat ou une serviette de plage, au choix
à peu près autant de cocktails colorés…
En fait, il faut surtout avoir coché beaucoup de cases.
(Un peu comme le reste de l’année finalement).
Pour ma part, ce que j’ai aimé tient en un mot : le ralentissement.
Le temps long, la beauté de la nature brute, le Droit à la paresse1, en somme :)
Paul Lafargue commençait son ouvrage comme ça :
« Une étrange folie traîne à la suite des misères individuelles et sociales, qui, depuis 2 siècles torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussé jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. »
Bon, il faut replacer la citation dans son contexte : durée journalière normale du travail est de 12h, on ne pensait pas pouvoir jamais arrêter le travail des enfants et l’idée même de congés était un impensé. Donc, bon, on partait de loin et on n’allait pas bien loin non plus.
Quoi qu’il en soit, ces vacances m’ont donné un vrai plaisir dans la désactivation.
Casser le rythme qui était le mien - un savant mélange de cocktail (je l’appelle semi-molotov) de mes 3 enfants, de l’absence de leur père, d’une entreprise à faire tourner, d’une péri-ménopause bien installée - et profiter d’un allègement du rythme et de la charge.
Au final :
- Je n’ai bu ni rosé, ni cocktail (la guinness n’est absolument pas photogénique)
- Je n’ai aucune photo de mes pieds au bord d’une quelconque étendue bleue claire (bien au chaud dans mes chaussures de rando) - en fait, c’est un mensonge : nous avons passé 2 jours à Nice en juillet et j’ai donc été là (avant de pleurer devant les jets privés qui passaient sans discontinuer au-dessus de la baie) :
- Et l’éclipse a été masquée par un manteau nuageux d’environ 12 kilomètres (j’ai le cœur serré en repensant au niveau de peine de mon fils qui se réjouissait depuis 6 mois).
J’ai donc la sensation d’avoir raté mes vacances.
En même temps que d’avoir envie de les prolonger autant que possible.
Dans l’intervalle entre ces deux états de sentiments se trouve donc une forme de rébellion, quelque chose comme une posture qui n’appartiendrait qu’à moi, qui serait un format de vacances très spécial que je ne serais autorisée à aimer qu’en secret et ce serait tellement bien.
En tout cas, vu des réseaux et de tout ce qui semble reprendre forme pendant cette rentrée : j’ai raté mes vacances.
Et comme les vacances, c’est aussi ce qui sert à préparer la rentrée, suis-je destinée à rater aussi ma rentrée ?
# Réussir sa rentrée ou mourir
La rentrée, en tout cas depuis le collège, c’est un moment de stress intense.
Avant cette période, j’ai vécu dans un monde ouateux dont je ne me souviens pas tout à fait et qui me fait dire que cela ne devait pas être si mal en primaire, la vie.
Ensuite est venue la période difficile : l’adolechiance - vouloir rentrer dans le moule, ne pas réussir à rentrer dans le moule, se faire mal à force de se contorsionner pour rentrer dans le moule quand même, ne toujours pas rentrer dans le moule, se faire encore plus mal… Vous l’avez ?
Chaque rentrée comme une succession de peurs en chapelets.
Comme je le lisais dans 1984 hier : “j’avais froid aux dents tellement j’avais peur.”
Ça ne s’est pas arrêté pendant les études supérieures, encore moins en tant que salariée.
La rentrée, avec son lot de surprises, d’inconnues, de bruit et d’une certaine dose de fureur est un mélange éprouvant pour chacune.
Pourtant, j’assume avec fierté d’avoir vieilli et de pouvoir dire aujourd’hui (un peu bravache) :
j’aime mon travail
j’aime les inconnues
je sais gérer les surprises
je sais aussi m’adapter au bruit et à la fureur du monde
j’aime aussi l’idée d’avoir chaque matin une nouvelle journée à expérimenter
Et surtout, les nouveaux départs, les renouveaux, sont une occasion en or pour trouver la joie, l’amour même !
Alors pourquoi la rentrée me semble particulièrement difficile ?
Je crois que c’est une histoire de pression et d’injonction.
Qu’on me dise ce qu’il faut absolument faire et je me fige comme une biche dans les phares.
Qu’on me dise qu’il faut absolument relancer tous mes projets en attente et j’ai envie d’accompagner mon amie en Inde retaper son palais.
Qu’on me dise que je dois me lancer dans cet accompagnement, maintenant parce que demain, vraiment, ce sera trop tard, et mon cerveau se met en surchauffe.
Les injonctions sont mon ennemie.
Et, pour le coup, ce n’est pas seulement mon cerveau d’atypique qui joue la diva : les injonctions se trompent de cible.
# La volonté est volatile
Le problème avec ces “réussir sa rentrée en faisant mille choses mieux qu’avant” c’est qu’ils reposent sur notre propre motivation, et donc notre seule volonté.
Or, c’est la ressource la moins fiable et la moins renouvelable dont dispose notre cerveau !
La psychologue Wendy Wood2 estime que 43% de nos comportements quotidiens ne relèvent pas d’une décision consciente. Ils sont déclenchés par un contexte stable, une habitude, un automatisme.
Pour comprendre ceci, il faut se souvenir que notre cerveau est composé (en simplifiant à outrance) de deux parties :
le cortex préfrontal (la partie la plus lourde, la plus jeune aussi) : c’est lui qui nous permet de réfléchir, de réfléchir, de nous motiver. Il est lent.
la partie plus profonde : les ganglions de la base, qui font vivre nos automatismes. Ils tournent à plein régime sans effort ni conscience.
Quand on nous enjoint de faire toutes ces nouvelles choses pour ne pas rater sa rentrée, on fait tout reposer sur notre seule volonté, c’est-à-dire sur la partie la plus fragile de notre cher cerveau.
Les injonctions (ça fonctionne pour toutes nos injonctions y compris : “sois plus assertive”, “lâche prise”, “il faut que tu aies plus confiance en toi”, “arrête de te sur-préparer” etc.), s’adressent à la couche volontaire et consciente de nous-même.
Malheureusement, le comportement visé tourne lui, depuis longtemps en pilote automatique, déclenché par un contexte plus que par une décision à proprement parler.
Formuler et entendre ces ordres (appelons un chat, un chat) n’a donc aucune incidence sur le mécanisme.
En revanche, il continue d’ajouter une pression dont nous n’avons surtout, surtout, pas besoin.
#Ce qu’une coache exécutive vous dirait
Bien sûr, à ce stade, en tant que la coache exécutive que je suis, je me devrais de vous dire qu’il existe des stratégies pour contourner tout ça.
Car, si la motivation fluctue et que le contexte se répète, alors, peut-être serait-il opportun de jouer sur le système ?
Il pourrait être utile aussi de vous parler de la fameuse expérience des chamallows dans les années 70 (vous savez, ceux qu’on proposait aux enfants en les soumettant à la torture de l’attente car attendre voulait dire : vous en aurez davantage plus tard) dont les conclusions sont, ma foi, fort intéressantes.
Vous parler aussi des travaux de Peter Gollwitzer et Paschal Sheeran qui ont étudié la différence entre ceux qui passent à l’action et ceux qui restent bloqués au stade de l’intention.
Mais pas cette fois.
Là, tout de suite, j’ai un autre plan.
Et croyez-moi, il est bien meilleur encore :
Je vous propose de rater votre rentrée.
Tout simplement.
(Même si vous n’avez pas raté vos vacances).
Ce serait quoi, finalement, rater sa rentrée ?
Quelque chose comme : ne pas vous fixer d’objectif pour demain puisque, techniquement, la rentrée, c’est le 1er septembre.
Donc, pour demain : visez l’échec.
Ne prévoyez rien d’autre que de faire face, de prendre ce qui vient, de serrer très fort vos enfants dans vos bras tant que vous pouvez, avant de les laisser et le soir, en les récupérant (si vous pouvez), et même si c’est la honte, maman.
Je vous souhaite donc de dire oui à ce qui vous fait du bien et rien d’autre.
Pour le reste, on s’en reparle bientôt.
Et le moment venu, s’il-vous-plaît, j’aimerais beaucoup savoir :
Et ensuite, je pourrais vous parler de cette super nouvelle qui me réjouis beaucoup : nous organisons avec mon amie Anne de The Haaus un nouveau week-end “YOGA & RECHARGE MENTALE”.
3 jours pour vous faire du bien au corps et à l’âme, à pratiquer, méditer, écrire, partager.
Ce sera du 20 au 22 novembre prochain - quand l’hiver sera gris et froid. De quoi nous réchauffer le cœur toutes ensemble.
Le tout dans un endroit très beau et ressourçant, dans les montagnes vosgiennes, avec une équipe aux petits oignons.
SAVE THE DATE.
Et pour en savoir plus, vous pouvez aller faire un tour ici
Et si vous avez envie que nous échangions, sur la rentrée ou tout autre sujet, vous pouvez aussi m’envoyer un mail à : peggy@troisieme-lieu.com.
Merci de m’avoir lue.
A très vite,
Peggy.
Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, 1880.
Good Habits, Bad Habits, Wendy Wood, 2019.





